Thursday, March 08, 2007

ENTRETIEN AVEC JOEL CANO. Filmer à Cuba est-il un acte subversif ?

 Orisel Gaspar en Siete días siete noches, SORTIE NATIONALE : le 14 juillet 2004

SIETE DIAS, SIETE NOCHES de Joel Cano France/Italie/Cuba - 2003 - 1h46

SORTIE NATIONALE : le 14 juillet 2004. Distribué par "Shellac"
SYNOPSIS:
Siete días, siete noches, à travers les portraits croisés de trois femmes, une plongée sans concession dans le Cuba d’aujourd’hui.

ENTRETIEN AVEC JOEL CANO
Filmer à Cuba est-il un acte subversif?
Chez nous, tout discours esthétique qui s’éloigne de la voie officielle est un crime moral, voire antipatriotique. Comme tout est interdit, tout est délit. Mon film, par son approche de la réalité va à l’encontre de la facture de films actuels produits à Cuba, alors qu’il essaie seulement de renouer avec la sensibilité libertaire, fraîche et exaltée des films des années 60, où tous les moyens étaient bons pour raconter une histoire. Dans une production européenne, seul compte l’aspect économique. À Cuba, il faut ajouter la politique et l’idéologie qui contaminent toutes les décisions. Et pour éviter d’être bridé, le seul moyen possible est de rentrer en marginalité, et de ce fait en subversion. Être un héros de la culture ce n’est pas mon credo, mais, de fait, réaliser un film comme Siete días, siete noches revient à commettre un acte subversif.
Pourriez-vous nous parler du caractère insulaire de Cuba?
C’est la maudite circonstance de l’eau partout, disait Virgilio Piñera, un des plus grands écrivains cubains. L’île et ses habitants sont les prisonniers de cette territorialité consciente. En apparence une île n’a pour frontière que l’horizon, pourtant il n’y a pas de ligne de fuite.

Saturday, March 03, 2007

Extrait du document de presse : Entretien avec Joël Cano :

Joël Cano est né à Santa Clara (Cuba) en 1966. Il a obtenu son diplôme de Dramaturgie à l’Institut Supérieur d’Art de La Havane en 1989. Joël Cano est également dramaturge, romancier et metteur en scène. Il a publié de nombreuses pièces et nouvelles. « Sept jours sept nuits » est son premier long métrage.




- Que raconte Siete dias, siete noches ?
« Ce film est une comédie, à la fois dramatique et social. On a détourné la formule touristique qui propose « sept jours et sept nuits dans une île paradisiaque » pour proposer une plongée d’une semaine dans le quotidien de trois femmes cubaines, loin du circuit de rêve balisé par les agences de voyage. On y décrit nos rituels de violence liés à la survie, une violence qui n’est pas formatée selon les lois hollywoodiennes, particulière puisque pas stylisée. Elle reste dans le corps à corps noble. A vrai dire, tout est parti du fantasme de vouloir être le premier à annoncer « Fidel est mort », et de voir quel effet provoquent ces mots. Mais en quelque sorte, Fidel est déjà mort dans les pensées de beaucoup de gens. Aussi les personnages du film font-ils abstraction du social, chacun vit pour soi. En fait tous les liens entre les gens, tous les rapports de vie « socialistes » qui existaient auparavant ont disparu ».

- Pourquoi ce film s’inscrit- il dans une trilogie et pourquoi avoir décidé de cette forme ?
« Mettre en images les aspects de la « cubanité » contemporaine est un chantier très ambitieux et il ne suffit pas d’un simple long métrage pour y arriver. Tout comme il y a trois personnages dans le premier film, les trois réalisations présenteront trois aspects qui illustrent notre identité pour mieux la définir. La trilogie essaie de suivre le trajet existentiel d’un cubain : d’abord sa vie à l’intérieur d’un pays-bocal, puis dans l’intimité d’un exilé qui essaie de chasser les démons du passé de sa mémoire...et finalement dans la fête, où il sera question de comédie musicale. Ce sera un trajet de cinéma vers la joie et vers la beauté. Le salut par l’esthétique ».

7 jours 7 nuits (Siete dias, siete noches)

7 jours 7 nuits s’érige en contre-champs du slogan touristique des agences de voyage. L’écrivain cubain Joel Cano, intellectuel forcément anti-castriste, la joue libéré modeste pour son premier essai derrière la caméra. Une DV fraîche, des métaphores comme s’il en pleuvait et une structure éclatée dans les règles de l’Art, le film fait de la simplicité son arme première. C’est évidemment du world cinéma pur sucre, mais suffisamment honnête pour laisser une trace.

L’histoire donc, est multiple. Une présentatrice castriste pète les plombs en direct, pendant qu’une de ses vieilles connaissances perd un enfant qu’elle n’a jamais voulu élever. Alors qu’elle tente de retarder l’inévitable moment de broyer du noir, elle rencontre une jeune danseuse en galère qui papillonne fièrement autour d’un mauvais garçon, d’un travesti de cabaret et d’un jeune quidam croisé dans la rue. Ne pas oublier, tout se passe sur une semaine, de jour comme de nuit. Mais Joel Cano s’en foutrait presque. Tout et rien ne l’intéresse dans cette succession de petits théâtres en mouvement. L’aspect rapiécé de l’ensemble peut passer pour une grossière facilité, mais s’avère cependant un petit tour de force. Cano sait habilement jouer du rachitisme pour instaurer son tempo, tout en rupture et en négation, épousant le rythme nonchalant d’une discussion de tous les jours ou d’une ballade banale.

Saturday, December 30, 2006

Fiction film section. Montgolfière d’Or for the film 'Siete días siete noches'

Orisel Gaspar, one of the lead actresses of Siete dias, siete noches (Seven Days, Seven Nights), had written a song especially for the closing ceremony of the Festival of the 3 continents in Nantes, western France. She definitely put her whole heart in her voice when she sung her moving lyrics after Cuban director Joel Cano received the Montgolfière d’Or for the film in which she co-stars. The movie, which depicts a week in the lives of three very strong women in Cuba, is a deft criticism of Castro’s regime. When he handed over the top prize to the lucky director, French author and jury member Jean Rouaud described the film as an attack against the infuriated attempt of the regime to prevent its people from living (“la fureur d’empêcher de vivre”, a pun on the French title of Rebel without a Cause with James Dean). To add to his luck, Cine Cinema, the French pay TV outlet which sponsors the award, will support the film with a promotion campaign on its channels to the value of 15,000 euros.